Falcasco

texte : Franck Pujos

photo : AFP

Quand t'es angevin et supporter de la Colombie, voir Falcao marquer à Jean-Bouin, euh à Raymond-Kopa, c'est... jouissif. Tellement que tu arrives pas à garder ça pour toi, bavard que tu es, et que tu te sens obligé de partager ça avec les lecteurs de Cafooteros !

Falcao, un capitaine souriant et heureux, car buteur et vainqueur, ce samedi après-midi, sous le soleil d'Angers
Falcao, un capitaine souriant et heureux, car buteur et vainqueur, ce samedi après-midi, sous le soleil d'Angers

Le crochet de Dirar, la passe en retrait parfaite et bim. Sa première occase de l'aprem, but, tel est Radamel Falcao Garcia, cet obsédé du filet qui bouge (25 buts en 35 matches, dont 26 titularisations, pour l'exercice en cours). Famara Diedhiou, en bon n°9 qui se respecte, aime aussi cette sensation, pour sûr, mais samedi dernier on a vu la différence entre l'avant-centre sénégalais et le samario. La différence tout court entre Angers-SCO et l'AS Monaco, quand le premier onze nommé, avec son maillot de la Juve (à moins que ce soit la Juve qui ait pompé le SCO ?!), a bouffé le second quarante-cinq minutes durant, les premières, sans réussir à la mettre au fond. Et à la fin, c'est Monaco qui gagne, à l'arrache mais qui gagne (0-1). Capital en vue du titre.

 

On y était, heureux, comme pas deux. Alors, on vous raconte, en priant pour ne pas tomber dans ce si aisé "moi, je", egotrip made in débats ballon rond. Faut bien piger un truc : Falcao Garcia qui vient à Angers, y'a un petit côté irrationnel, dur à garder pour soi. Comme quand t'as une blague à sortir, même pourrave, et que si tu la sors pas tu te sens pas bien.

 

On l'avait déjà vu, au moins deux fois, pour de vrai de vrai, en amical, au stade de France pour un France - Colombie (1-0), à Vicente-Calderon pour un Colombie - Equateur (2-0) où, tiens, il avait planté. En train de réfléchir, avec une 16 en terrasse, pour se souvenir si y'en a eu d'autres, sauf que mémoire de poisson rouge. Mais Radamel à Angers, ça, ça marque. Car du foot, dans ce stade Jean-Bouin débaptisé, rebaptisé - plutôt intelligemment - Raymond-Kopa, on en a bouffé. En jetant un oeil nostalgique à une boîte à bonbons contenant dedans les billets de matches vus depuis petit, voilà un coup à flipper.

 

 

L'instant présent

Genre trois SCO - Châteauroux ! Ou, sinon, entre autres adversaires, y'a du Pacy-sur-Eure, voire des clubs qu'existent même plus... Avec le Papa, le frangin. À jouer avec les copains en bas de la tribune Saint-Léonard, tapant dans une canette qui croyait être un ballon. À se prendre pour des Brésiliens, chaussures en plus, technique en moins. À avoir l'ouïe marquée par un "battez-vous, fils d'enculés" dans le temps additionnel d'une énième affiche de 3e div, lancé par un gonze du kop perdant légèrement patience sur un 0-0, quand ils étaient 10 dans le kop. Ils étaient vraiment 10, hein, c'est pas une expression. 

 

Quand t'es d'Angers, jusque y'a pas si longtemps, le Sporting Club de l'Ouest correspondait à quelque chose d'un peu bizarre. Le club que tu aimes bien au fond de toi, mais que tu assumes pas. Le SCO, quoi. Des ascenseurs Ligue 2 - National, des ambiances de mort, loin de la Dalle angevine. Et puis une saison d'abonné en D1 en 93/94, où tu te retrouves avec ta carte poinçonnée à chaque journée, tout fier. Encore plus quand tu te retrouves à côté d'Omar Da Fonseca en tribune, lui qui venait de renfiler le short avec d'autres anciens, en lever de rideau de la réception du PSG. Cette saison-là, le derby Angers - Nantes (0-0) du 18 septembre s'était rendu célèbre : plus mauvaise note de l'histoire de Canal - battue depuis. Deux semaines après l'Argentine - Colombie du Monumental (0-5), mythique à souhait, déclencheur de passion. Bonjour le contraste. Bref, le SCO, c'était rigolo.

 

Ce ne l'est plus et on ne va pas s'en plaindre. En 2017, Angers est respecté, et il y a deux jours, l'ASM a galéré. Sous le soleil, dans une grosse ambiance, une enceinte pleine, on se serait cru en phase finale de Top 14. Au-delà du but de Falcao le revenant, on l'a vraiment vu sous son aspect leader. Le brassard jaune fluo, on sait pourquoi il l'a. Après avoir enlacé João Moutinho, vieux compère, en sortant, on l'a vu taper dans une bouteille sur une contre-attaque foirée, on l'a vu haranguer Bakayoko (bon on avait pas entendu qu'il s'adressait à lui mais on l'a vu à "J+1"), puis une fois la délivrance sifflée, on l'a vu prendre chacun de ses coéquipiers et membres du staff dans les bras, un par un. Mince... On tombe dans le piège de l'idyllique, du pas objectif du tout. Non, Falcao le fragile et fort à la fois n'a pas tout bien fait dans sa carrière de footballeur. Et son départ de la Principauté le tél à l'oreille, deux ans et demi dans le rétro, n'était pas joli-joli.

 

Mais ça, c'était avant. Le Tigre veut gagner quelque chose avec l'Association Sportive de Monaco. Derrière partira-t-il peut-être, en Chine ou ailleurs, on s'en tape. L'instant présent, voilà ce qui compte. L'instant présent se savoure, si on avait des babines on se les lécherait avant le quart aller au Borussia tout à l'heure. En attendant, dans le 49, il a tracé sans mot dire. Qu'importe, auparavant, il y avait fait ce qu'il sait faire de mieux : marquer. D'une frappe à moitié bizarre, dans SA surface de réparation. Comme souvent, Radamel Falcao Garcia était au bon endroit au bon moment. Il était, est et restera un putain de buteur. Un putain de grand joueur.