Melo : "Nous avons tout à portée de main, il y a des chambres, une cuisine, la cryothérapie..."

recueilli par Pierre Gerbeaud et Julien Redon

dessin : Ptit Mytho

Cette année a été lancée en Colombie la Liga professionnelle féminine de football. Des débuts remarqués avec des matches en ouverture de parties masculines, des retransmissions télévisées et un contrat signé pour diffuser des rencontres à l’international. Pour parler de tout ça, de cette nouveauté, et alors que se profile demain la finale retour entre Santa Fe et Huila, on est allés à la rencontre de Diana Melo, 26 ans, capitaine de La Equidad.

La Equidad de Diana Melo a terminé 6e et dernier de son groupe en championnat, avec deux succès pour huit défaites ; la finale retour de cette Liga an I mettra aux prises ce samedi Santa Fe, vainqueur 2-1 à l'aller à l'extérieur, et Huila
La Equidad de Diana Melo a terminé 6e et dernier de son groupe en championnat, avec deux succès pour huit défaites ; la finale retour de cette Liga an I mettra aux prises ce samedi Santa Fe, vainqueur 2-1 à l'aller à l'extérieur, et Huila

La saison a été difficile pour vous avec seulement deux victoires et une non-qualification pour les quarts de finale ; qu’est-ce qui a manqué ?

L’objectif qui était d’atteindre les phases finales n’a pas été atteint mais nous avons une équipe qui manque d’expérience. Nous avons beaucoup de jeunes filles et ça nous a coûté pas mal de points. Cette saison a été un apprentissage et nous n’avons pas toujours réussi à retranscrire sur le terrain les consignes de l’entraîneur, ce qui a forcément affecté nos résultats.

 

Et comment le groupe a-t-il tenu mentalement ? On imagine que c’est difficile de perdre autant de matches...

C’est compliqué, quand le moral est au plus bas... Aller à l’entrainement est compliqué. Mais à l’approche de chaque match, la motivation est de retour, la volonté de se relever et de faire ce que l’on préfère, jouer au football. Le coach a beaucoup insisté sur le thème de l’expérience mais nous ne partions pas toutes de zéro. Et le groupe a tout de même été très uni malgré le manque de résultats.

 

Le rôle de capitaine est encore plus important dans ces moments-là?

Le plus important dans le rôle de capitaine est le leadership, aider l’équipe, qu’elle ait la meilleure attitude possible, la motiver… Mais disons qu’avec les défaites, il y a des moments où c’est dur de maintenir le moral des joueuses, de faire en sorte qu'elles ne baissent pas la tête après avoir pris un but. Le pire, c’est quand vous êtes blessée. Je communique beaucoup sur le terrain, et c'est très dur d’être en tribune ;  je ne peux pas aider les filles comme je le veux, être avec elles, me battre, les pousser.

 

Passons au championnat : pourquoi était-ce important de créer cette ligue professionnelle ?

Cela fait plusieurs années que le foot féminin est présent en Colombie mais on ne pouvait pas se contenter de compétitions au niveau des petites ligues. S'il n'y a pas de compétition de haut niveau, la sélection en pâtit et les processus de sélection sont moins forts, du fait d’une moins bonne préparation. Avec le championnat professionnel, on a la possibilité de s’entraîner tous les jours. Les équipes ont aujourd'hui un préparateur physique, un médecin, un entraîneur, tout un staff. Avec la création de la Liga, on a la possibilité de se faire connaître à l’étranger, d’avoir un salaire. Avant ça, il fallait avoir le temps de le faire, s'en donner les moyens.

 

Quel est ton avis sur le niveau de la Liga ?

L’apport de filles venant de l’étranger est très important. Nous avons de bonnes joueuses niveau technique ici, mais les équipes qui ont pu faire venir des étrangères, comme Santa Fe ou Envigado, ont montré un bon niveau. Cette année a surtout été formatrice, pour savoir ce qu’il fallait faire pour continuer à progresser. Je crois aussi que les gens ont apprécié ; ils ne regardent pas ça comme un match d’hommes mais ils apprécient quand même le spectacle. Tu peux voir une stratégie, une tactique. Voir du monde dans les stades, des barras qui nous supportent, c’est motivant pour la suite.

 

Vous avez notamment perdu deux fois contre Santa Fe, parle-nous de la différence entre ton équipe et un cador comme ça...

Je pense que s’il y a une différence, elle n’est pas forcément au niveau des capacités des joueuses. Je pense juste qu’une équipe comme Santa Fe a des éléments avec, déjà, un vrai parcours professionnel. Certaines ont fait plusieurs campagnes avec la sélection, des années à l’étranger... La plupart des nôtres découvrent ce niveau d’exigence et ne sont pas armées pour disputer le titre. 

 

Au sein de ton club, La Equidad, disposez-vous des mêmes conditions de travail que les hommes ?

Oui. Et je pense que nous sommes un des clubs les plus complets au niveau des installations. Nous avons tout à portée de main, il y a des chambres, une cuisine, une nutritionniste... Nous avons tout le confort médical avec la cryothérapie par exemple, et une salle de musculation ultra complète. Nous sommes traités à l’égal de nos collègues masculins.

  

Quelle est votre relation avec eux ?

Nos horaires respectifs ne permettent pas forcément d’en avoir une. Globalement, les deux équipes sont séparées. Par exemple, nous jouons avant eux. Donc contrairement à nous, ils ne peuvent pas nous voir jouer. Il y a une union mais pas une relation directe et quotidienne avec les garçons. Mais nous avons de bonnes relations, il y a un respect mutuel et nous nous parlons régulièrement. Ils nous aident, l’entraîneur vient nous parler régulièrement, on se voit à la sortie de l’entraînement... On se sent quand même bien intégrées.

 

Et le fait de devenir professionnelle ?

Je suis aussi entraîneur et joueuse de futsal, je suis une professionnelle du sport. Je viens de faire trois ans en futsal et quand est arrivée l’opportunité d'être pro à 11, je n’ai pas pu refuser. Seules celles qui avaient en vue la fenêtre de la sélection étaient proches de cette opportunité avant la création de la ligue. 

 

Il y a des joueuses qui travaillent ?

Bien sûr, la majorité d’entre nous continue à travailler, comme il y a un an. Tout simplement parce que les salaires ne permettent pas encore de vivre du foot à plein temps. Moi, je m’entraîne le matin et j’ai un boulot l’après-midi. Je pourrais me reposer complètement, bien récupérer, etc., mais j’ai besoin d’une alternative pour subvenir à mes besoins. C’est le cas de beaucoup d'entre nous.

 

Es-tu optimiste sur le futur du championnat ?

Je le suis parce que cette première année a été très intéressante. On reçoit beaucoup de soutien et les Colombiens sont intéressés par la Liga. La saison prochaine, qui va être sur une année complète (le championnat 2017 ne dure qu'un peu plus de quatre mois, NDLR), va permettre d’attirer l’attention des plus jeunes. Elles vont commencer le football plus tôt, venir avec leurs parents au stade, regarder les matches à la télé...

 

Personnellement, quels sont tes objectifs ?

J’aimerais, tout d’abord, continuer le processus qui vient tout juste de débuter ici. Voir comment ça progresse. Je reste également ouverte à une aventure loin du pays. Comme pour aller jouer la Champions League.

 

En France par exemple ? Cette saison, la finale de la C1 était 100% française (victoire de Lyon aux tirs au but contre le PSG)...

Oui, ce serait un rêve. Natalia (Gaitan) à Valence, Lady Andrade en Turquie, Yoreli (Rincon)... Elles nous ouvrent la la route.

 

Et la sélection colombienne ?

Je n’ai pas eu de chance jusque-là. Les blessures m’ont stoppée dans le processus de sélection (elle a participé à des rassemblements en vue du Mondial sub-20 2010).

 

Ça reste une possibilité ?

Pour le moment, ça me parait compliqué, principalement à cause de mon âge. La base est déjà solide et pour le reste, ils regardent vers les plus jeunes, autour de la vingtaine.

 

On imagine que le but de la Liga est de devenir le vivier de la Seleccion...

Je pense. Mais une fois en sélection, quand tu réalises ton rêve, le monde te regarde et c’est à partir de là que tu peux avoir l’opportunité d’aller hors de la Colombie.

 

Tu vois déjà des observateurs venus d'ailleurs venir aux matchs ?

L’Espagne a déjà un œil sur le championnat et, bien sûr, les États-Unis aussi. Qui profitent du fait d’être proches géographiquement.