A Paris, la Copa Asocolfut, c'est du sérieux !

texte et photo : Brice Charrier

C'est précisément à Vincennes, dans le 94, que s'est déroulée samedi la finale du traditionnel tournoi organisé par Asocolfut, depuis maintenant dix-huit années. Trois mois d'effort, 17 équipes, quatre-vingt-dix minutes pour trancher, et au final un joli succès pour les vétérans de Quindio qui touchera la coupe et 500 euros de prime. On ne pouvait pas rater ça.

Ce coup franc (comme les autres) ne donnera rien, les vétérans de Boca s'inclinant 3-0 en finale contre Quindio
Ce coup franc (comme les autres) ne donnera rien, les vétérans de Boca s'inclinant 3-0 en finale contre Quindio

Vincennes, samedi 28 juillet, 15 h 30. La musique se fait déjà bien entendre lorsqu'on s'enfonce dans cette partie du bois, en face l'hippodrome. Un complexe sportif un peu décrépi où les Latinos de la capitale et de ses alentours ont leurs habitudes. Les Péruviens font la fête, maillot de la Blanquirroja sur le dos, le drapeau du Guatemala a été hissé dans les arbres, mais juste derrière, sur les deux principaux terrains se prépare l'événement du foot colombien à Paris : la finale de la Copa Asocolfut, tournoi organisé depuis dix-huit ans par l'association du même nom, Asocolfut. L'asso, portée par une dizaine de membres actifs, est quasi exclusivement dédiée à cette compétition ramassée sur un peu plus de trois mois.

 

Deux catégories en fonction de l'âge : les "jeunes" jusqu'à 35 ans et les "vétérans", au-delà. Depuis 2000, ce sont en moyenne une quinzaine d'équipes qui se disputent les deux trophées. Cette année, elles sont 17, avec des participants âgés de 17 à 66 ans. Et rien n'est laissé au hasard : phase de groupes pour commencer, demi-finales croisées ensuite avant d'espérer jouer le titre. Ça tape la balle tous les samedis, une heure et demie à 11 contre 11 et avec des arbitres officiels indépendants (y compris à la touche), payés pour leur prestation. Le coût global d'organisation d'une journée de matches est de 1 200 euros !  Et au bout du bout, 500 euros pour les champions, la moitié pour les finalistes. On n'est pas sur un petit tournoi de quartier...

 

Le règlement ne cède pas non plus au flou artistique : après une expérience non concluante d'ouverture à des formations non-colombiennes, les équipes doivent forcément être composées majoritairement de "nationaux" sous licence. Sont acceptés toutefois cinq "étrangers" dans chacune d'elles et trois peuvent être alignés sur le terrain en même temps. D'où la présence d'autres Sud-Américains mais aussi d'Européens. Seuls l'Équateur et le Chili ont pu déroger à la règle et présenter leur propre 11. Privilège de l'amitié...

 

Au terme de ce championnat 2018 débuté le 8 avril, Boca Juniors a fait carton plein, plaçant ses équipes en finale dans les deux catégories. Pour une revanche de l'an passé chez les jeunes, face à Destroyer, et contre Quindio, en vétérans. 

 

 

Faux rebonds, taquets et efficacité

Honneur aux anciens pour démarrer. L'ambiance est assez tranquille à l'approche du coup d'envoi, le public profitant de l'ombre des arbres pour manger et se désaltérer après un petit passage sur les stands de spécialités locales qui vous laissent difficilement insensibles. On fait les choses en grand pour l'entrée des joueurs sur le terrain, à côté du podium, habillé du drapeau jaune-bleu-rouge et où les coupes rutilantes attendent de savoir dans quel camp elles finiront. Une fois alignées, les deux formations sont prises dans un moment solennel, aux airs de Copa América, lorsque retentit el "Himno nacional de la Republica de Colombia". Serrage de mains à suivre... on fait tout comme à la télé.

 

Le match se déroule dans de bonnes conditions, sous le soleil, à moins de 30 degrés mais avec un peu de vent. Le terrain, lui, est loin d'être idéal, le peu d'herbe qui reste survit difficilement le long des lignes de touche et dans les surfaces de réparation ; le ballon fait des rebonds capricieux. "C'est celui qui est le mieux", nous assure-t-on alors qu'à côté - sur pire donc - les jeunes du Deportivo Cali remportent sèchement la 3e place face au Ciclon Latin (4-0). 

Mais peu importe l'état de l'aire de jeu, oh y'a finale quand même ! L'engagement est total, parfois à la limite, les contacts font mal, les chutes aussi. Boca fait preuve de plus de maîtrise mais peine à se montrer dangereux alors que Quindio fait preuve de solidité. Les occasions se font rares et (comme souvent dans ces cas-là), ça se débloque sur un coup de pied arrêté juste avant la mi-temps. Un penalty pour Quindio à la suite d'une main façon Perisic. Pas de doute dans la tête du tireur, ni de détail : frappe en force, au centre. 1-0.

 

Boca se fait plus pressant en seconde période mais reste toujours aussi maladroit dans la finition. Les esprits s'échauffent un peu et l'arbitre se montre davantage présent, cartons jaunes en main. Il sortira même le rouge à dix minutes du terme pour un mauvais geste d'un "Xeneize" frustré. C'en est fini des derniers espoirs d'égalisation, d'autant que Quindio creuse l'écart sur deux contres. Les dieux du foot ont choisi leur camp mais le score final (3-0) est sévère pour Boca. Son coach, l'ancien pro Ruben Penilla, se consolera juste après avec le succès de ses "jeunes", dans l'autre finale, contre Destroyer (2-1), devant un public de plus en plus nombreux et enflammé. La fête peut commencer. Vivement 2019 !