Marimon : "Quand j'ai le ballon, je le porte peu"

recueilli par Franck Pujos

photo : Royal Excel Mouscron

 

 

Pro à 16 ans, freiné par des croisés qui lui auront fait rater le Sudamericano sub-20 en 2017, puis par des embrouilles avec les dirigeants d'Once Caldas au sujet de son renouvellement de contrat, Jesus Marimon était encore dans le ventre de sa maman lorsque les Asprilla and co jouaient le Mondial 98 en France. 19 printemps, donc, volubile et la tête apparemment calée sur les épaules, le milieu défensif colombien a rejoint le Royal Excel Mouscron, qui vient de s'incliner il y a quelques minutes sur sa pelouse face au champion belge le Cercle Bruges (0-1). Marimon, blessé sans gravité, n'a pas joué, tout comme lors de la première journée à Ostende (2-1). Il compte être apte d'ici fin août. En attendant, on l'a eu au tél cette semaine.

Marimon s'est engagé avec le jeune club du Royal Excel Mouscron (huit ans d'existence) il y a moins de quinze jours
Marimon s'est engagé avec le jeune club du Royal Excel Mouscron (huit ans d'existence) il y a moins de quinze jours

Comment se déroule ta récupération, après ta blessure à l'adducteur ?

Grâce à Dieu, assez bien, ça n'avance pas trop mal. Surtout que je sais qu'ici c'est un peu plus physique, ça court un peu plus qu'en Colombie. Je suis déjà focalisé sur l'Excel Mouscron, à penser à être sur le terrain. J'espère être disponible autour de la quatrième ou cinquième journée de championnat.

 

Qu'as-tu pensé de la défaite de tes coéquipiers à Ostende (2-1) ?

Je trouve qu'on a joué avec beaucoup d'intensité mais qu'on a un peu mal géré les moments importants, notamment au début de la seconde mi-temps. En première on était bien, mais ensuite c'est dommage qu'on n'ait pas eu un peu plus le ballon, qu'on n'ait pas un peu plus contrôlé l'adversaire. À 1-1, on aurait pu avoir plus de patience. Ensuite on a eu un joueur expulsé, ils nous ont fait reculer...

 

Frank Defays avait mis en place un 4-2-3-1, c'est un schéma que tu connaissais bien avec Once Caldas ; ça te convient bien d'évoluer avec un autre milieu à tes côtés dans l'axe ?

Avoir quelqu'un avec plus ou moins le même visage à côté de soi, ça permet de s'entraider. Moi ça me plaît d'aller de temps à autre vers l'attaque mais j'essaye surtout de maîtriser au milieu, de maintenir l'équilibre. D'ailleurs on s'est rendu compte qu'on en avait un petit peu manqué.

 

En préparant l'interview, je t'avais vu dire qu'à Once Caldas tu te mettais parfois pratiquement au niveau de ton gardien José Fernando Cuadrado. C'est ça que tu aimes, partir de derrière, casser les lignes avec ta qualité de passe ?

Tu décris ça plutôt bien. Je suis un récupérateur, je récupère ; après oui j'ai la vocation de filtrer, d'aspirer, de jouer dans le dos du milieu défensif d'en face, d'attirer le latéral pour laisser un espace vide dans son dos à lui aussi. Mon jeu se caractérise beaucoup plus par ma passe que par de la "construction" en elle même. Quand j'ai le ballon, je le porte peu. L'idée, c'est de le transmettre rapidement vers l'avant.

 

Le surnom de "Yaya Touré Colombien", le fait d'être dans les "50 jeunes talents mondiaux" reconnus par "The Guardian" en 2015, d'être pro à 16 ans... Tout cela ne met pas trop de pression sur les épaules ?

Au contraire, je vis tout ça très tranquillement ! Et avec beaucoup d'envie derrière d'être sur le terrain. Car me retrouver en dehors, j'ai connu ça et je n'aime pas du tout... Avoir déjà disputé 65 matches en pro, cela te donne énormément de sérénité.

 

Ça donne aussi de la maturité, et au-delà tu sembles avoir une forte personnalité, comme quand ça n'allait pas avec les dirigeants d'Once Caldas et que tu n'as pas hésité à taper du poing sur la table...

Chacun grandit à sa façon. Un joueur de foot, ça doit penser à jouer au foot. Tout ce qui ne touche pas au terrain, les histoires avec les dirigeants tout ça, il ne doit pas s'en occuper, c'est à l'agent de gérer. Alors maintenant je ne pense qu'à être à 100 % et à profiter sur le terrain.

 

Ta rupture du ligament croisé à l'entraînement il y a deux ans, avec le recul elle t'aide à justement plus profiter aujourd'hui ?

Oui parce que se sentir bien, au top physiquement, c'est ce qu'il y a de mieux au monde. Quand tu es blessé, tu n'as plus ce petit truc qui fait que tu te sens heureux : tu ne joues plus ! L'argent, par exemple, ça passe complètement au second plan. Aujourd'hui la cicatrice est toujours là sur le genou mais sans le moindre inconvénient. 

 

Si l'on évoque ta venue en Europe, est-ce concrètement pour se rapprocher de la sélection ?

C'est mon rêve. J'ai été en U15, U16, U17, malheureusement la blessure m'a empêché de vraiment connaître les U20. Mais oui c'est mon rêve, intégrer l'équipe pour les Éliminatoires du Mondial au Qatar. J'aspire à être au Qatar.

 

C'est un peu la même chose pour ton ex-partenaire d'Once Caldas Luis Sinisterra, qui a signé cet été au Feyennord ?

Je n'ai pas parlé avec lui récemment, j'ai juste vu qu'il était bien arrivé là-bas. Je ne sais pas exactement comment ça se passe, j'espère que tout va bien, c'est réellement un grand joueur. Et en tant que personne, comme on dit, il est "des miens".

 

Pays-Bas, Belgique, c'est ton voisin !

Mon voisin, c'est celui qui habite à côté de moi (rires) ! Mais j'espère qu'on aura l'occasion de se voir et de partager des moments ensemble.

 

L'idée pour toi, c'est aussi de suivre les pas de Carlos Bacca ou José Izquierdo, de se "servir" de la Belgique comme d'un tremplin ?

Ce sont des références, de grandes références, et grâce à eux on peut imaginer réussir la même chose. Les deux ont très bien réussi ici.

 

Pour finir sur la sélection, comment as-tu vécu la Coupe du Monde émotionnellement parlant, devant ta télé ?

J'ai profité avec la Colombie, j'ai souffert avec la Colombie. Globalement, l'équipe s'est bien comportée. Mais bon, le foot c'est comme ça, peut-être qu'un jour ce seront nous les champions du monde. C'est possible. Il y en a, là aussi, des références : Falcao, James, (Carlos) Sanchez, même s'il a été expulsé et a provoqué un penalty (deux penalties, en réalité, NDLR), Ospina, Cuadrado... J'ai pleuré l'élimination, clairement. Et puis il y a eu Yerry Mina, le grand Yerry Mina (rires) ! Je l'ai affronté quand il était à Santa Fe (une fois en Coupe en 2015, une fois en championnat en 2016) et c'est un très bon joueur. Je ne le connais pas trop personnellement mais le peu que je connais c'est quelqu'un de bien.

 

Petite question tactique : toi qui es milieu défensif, comment as-tu interprété le choix de José Pekerman d'aligner trois vrais milieux défensifs, Lerma, Sanchez et Barrios, contre l'Angleterre (1-1, t.a.b 3-4) ?

Je pense que le Profe a planifié son match en tenant compte du rival, qui n'avait rien de facile. D'après moi son idée était de sécuriser le milieu de terrain, et le match s'est déroulé comme il devait se dérouler. Ce choix n'avait rien de bizarre pour moi. C'est juste que c'est allé aux tirs au but, et que les tirs au but c'est... de la chance.

 

Concluons sur ta situation à toi : comment se passent tes premiers jours de vie en Belgique ?

C'est un peu compliqué par rapport à la langue, mais mes coéquipiers, comme les dirigeants ou le président (Patrick Declerck), tout le monde m'a bien accueilli. Les gens dans les bureaux sont très à l'écoute de mes besoins. J'ai un ami colombien aussi ici, Andrés Sarmiento (à l'essai), et Idrisa (Sambu) est portugais mais parle espagnol, ça me fait un copain en plus (rires). Je me sens bien, je prends le rythme. Jour après jour je vais être de mieux en mieux, avec la confiance que me donneront mes partenaires, et vivement que je commence à jouer, que je puisse montrer de quoi je suis capable. Avec l'aide de Dieu.