One, two, three, triste Colombie

texte : Franck Pujos

photo : EPA

Pour son troisième match en France sur les quinze dernières années, la Colombie a grandement déçu et perdu 3-0 contre l'Algérie, ce mardi soir à Lille. Il a suffi d'un grain de sable. Et "amical" ou pas, ce n'était pas beau. C'est d'ailleurs la troisième rencontre consécutive sans but inscrit par une Seleccion qui, sans James Rodriguez, a manqué de création, de créateur. Il faut remonter presque trois ans en arrière pour retrouver une défaite à trois buts d'écart. Carlos Queiroz a du travail et les oreilles qui sifflent... On y était.

Symbole de cette lourde défaite, Oscar Murillo, qui a offert le premier but à Bounedjah et a déréglé la machine
Symbole de cette lourde défaite, Oscar Murillo, qui a offert le premier but à Bounedjah et a déréglé la machine

Puisque le speaker de Pierre-Mauroy l'a dit lui-même, cela en devenait presque officiel. Pour son annonce de la composition des équipes, il a commencé par celle "évoluant à l'extérieur", la Colombie. Et il avait raison. Si c'était la première fois qu'Algériens et Colombiens s'affrontaient, c'était aussi, sans doute, une grande première pour les Cafeteros, d'évoluer techniquement sur terrain neutre mais dans les faits à l'extérieur. D'habitude les supporters colombiens se déplacent, partout, mais ce soir à Lille ils se sont trouvés en immense minorité. Les Algériens étaient chez eux, ont mis une ambiance de feu et ont gagné 3-0. La Seleccion de l'ère Queiroz avait pris trois buts en 11 matches ? Les champions d'Afrique lui en ont collé deux en cinq minutes (15e, 20e), après un premier quart d'heure maîtrisé par Davinson and co. Les oreilles du profesor, qui assure que se priver de James Rodriguez - et de Falcao - était SA décision, doivent méchamment siffler. Une grossière erreur individuelle au quart d'heure, une frappe déviée dans la foulée, voilà comment se mettre dans l'embarras avec un onze que l'on qualifiera de mixte, celui du rival du jour étant le type. Enfin remarquez, qu'importe, le score est là. On y était.

 

On a d'abord eu peur quand el "Hymno nacional de la Republica de Colombia" a été dans un premier temps copieusement sifflé par certains fans des Fennecs, avant que d'autres, la large majorité, se mettent à contrer leurs compatriotes en l'applaudissant, donnant des frissons. Puis ça commence bien, avec Morelos pas si loin d'ouvrir le score (4e). Dans le stade on entend des "olé" dès que l'Algérie se fait deux passes, mais elle ne se fait pas beaucoup plus que deux passes. Ce sont les jaunes qui ont le pied sur le ballon, les Verts qui courent après. Juan Guillermo Cuadrado, latéral à la Juve, relayeur samedi contre le Chili (0-0), touche beaucoup de ballons en haut sur son aile, là où il a le plus joué dans sa carrière ; Yairo Moreno est élégant, sûr et expressif au milieu... Tout va bien. Tout va mal. Car Oscar Murillo utilise son pied droit, allez savoir pourquoi, et sert idéalement... Ryad Mahrez. Il ne lui en faut pas 50, à celui qui vient d'être élu joueur du mois de septembre à City : une fois il sert Bounedjah sur le cadeau d'Oscar, une fois son tir dévié à l'entrée de la surface trompe un Ospina qui n'y peut rien.

 

 

Mahrez au-dessus, James pas là

Vingt minutes de jeu, 0-2, ou plutôt 2-0, et des tribunes en complète éruption, y compris la tribune de presse, le scénario ne sent pas très bon. Une interruption et un appel micro plus tard, pour cause de bombes agricoles, et voici la Colombie qui passe du 4-3-3 au 4-4-2. Il faut se remettre dedans, quand l'Algérie surfe sur son euphorie et que Baghdad Bounedjah, encore lui, touche la barre (28e). Côté Tricolor, il faut attendre la 35e minute et une double grosse occase signée Muriel - Morelos pour revibrer un peu. Mais le doute s'est automatiquement installé chez quelques-uns, témoin le côté gauche de la défense, où Murillo et Mojica, celui-ci étant de retour après ses croisés d'octobre 2018, montrent trop de fébrilité. Sans compter que la technique d'Atal et consorts fait mal. Mi-temps, c'est mal barré. Roger Martinez, Luis Diaz et Luis Sinisterra (que nous avions interviewé fin avril et qui "fêtait" sa première cape) s'échauffaient depuis longtemps, ils rentrent tous d'un coup. Les deux derniers nommés, vrais joueurs de percussion, occupant les côtés du milieu de terrain.

 

Il y a du mieux, les premières touches de Sinisterra sont prometteuses, alors que Diaz (55e) puis Uribe (59e), les deux du FC Porto, amènent le danger. Mais ne marquent pas, quand le pied gauche de Mahrez, ovationné à la folie à sa sortie, se pose moins de questions (3-0, 65e). "One, two, three", comme ils disent... Derrière, c'est plié, terminé, rentrez. La Seleccion Colombia qui perd 3-0, la dernière fois date de l'Argentine en qualifications du Mondial, le 15 novembre 2016. Cela ne nous manquait pas. Ce qui nous manque, ce sont les filets d'en face qui tremblent. Trois matches sans planter, ça commence à faire long. Ce qui manque aussi, peut-être, s'appelle James Rodriguez. C'est de la prépa, ce n'est pas la cata, mais les conclusions à tirer sont légion pour le staff. Pour faire mieux. La Colombie ne pourra, de toute façon, pas faire pire.