Quentin Danloux, le pari français de Patriotas

texte : Brice Charrier

photo : Patriotas Boyaca

L'histoire deviendra peut-être collector, racontée de mille façons, si le garçon confirme, ces prochains mois, ces prochaines années, les espoirs placés en lui par un club installé à plus de 8 000 km de là où il est né. Quentin Danloux, 18 ans, est devenu en ce début d'année 2020 le premier Français à signer un contrat pro avec une équipe de l'élite colombienne, Patriotas Boyaca. Une destination inattendue mais qui lui permet d'entretenir le rêve d'une carrière.

Quentin Danloux n'est pas encore prêt ; ses coéquipiers, eux, ont pris pour le moment deux points en quatre matches à l'occasion du début du Tournoi d'ouverture, s'inclinant notamment ce vendredi à Medellin (3-1)
Quentin Danloux n'est pas encore prêt ; ses coéquipiers, eux, ont pris pour le moment deux points en quatre matches à l'occasion du début du Tournoi d'ouverture, s'inclinant notamment ce vendredi à Medellin (3-1)

Le rêve d'une carrière, Quentin Danloux l'a dans la tête depuis tout petit, et son père aussi. Joueur lui-même, passé par les Girondins de Bordeaux chez les jeunes, David n'a pas fait carrière et s'est même arrêté très tôt, avant ses 25 ans, pour des blessures à répétition. Alors, lorsque le petit Quentin arrive au monde avec son frère jumeau, Kevin, l'idée de transmettre la passion du ballon rond est une évidence. À 3 ans, les voilà partis en Espagne, à Alicante, et c'est là-bas que l'apprentissage va véritablement prendre forme. Inscrit en club, Quentin montre des aptitudes et beaucoup de détermination, encadré de près par la famille, le papa bien sûr puis son grand-père Jean-Jacques, peut-être encore plus assidu, qui prend véritablement le relais lorsque David repart en France en 2009.

 

Arrivé en U15, le nom de Danloux commence à faire parler davantage. Quentin évolue au niveau National, dans un registre un peu différent des Espagnols de sa génération. "Plus combattant", d'après le paternel, citant Casemiro comme modèle assez proche. Au terme de la saison 2018-2019, le milieu teigneux reçoit plusieurs propositions de clubs intéressés pour l'intégrer à leur effectif U19 mais Quentin en veut plus, pressé de se frotter aux adultes. L'été dernier, il décide alors de signer à Novelda, en Division 3, où il est le seul junior à faire partie du groupe seniors destiné à jouer en équipe première. Malheureusement, le garçon n'a pas le temps de montrer l'étendue de son potentiel, blessé dès le début de saison. Pourtant, certains ne vont pas attendre de le voir en mode compétition pour se laisser séduire : les dirigeants de Patriotas Boyaca (qui détiennent des parts dans le club de Novelda) ont flashé sur le francés ! Intéressés par ce qu'ils ont vu à l'entraînement à son retour de blessure, fin 2019, le Dr César Guzman et son staff lui proposent un essai de deux semaines, chez eux, à Tunja.

 

 

Snobé par les Girondins et le TFC

"L'hésitation n'a pas été trop longue", explique aujourd'hui son père, qui donne rapidement le feu vert. Quentin découvre alors un autre monde, y compris au niveau ballon. Les conditions sont bien différentes de l'Espagne : 2 800 m d'altitude, une atmosphère plus lourde, des terrains non plus synthétiques mais "naturels", et dont les défauts perturbent les standards de la technique proprement acquise chez les Ibériques. Tout cela combiné à une condition physique pas encore optimale fait que Quentin a du mal à tenir le rythme des entraînements. Mais il convainc ! Au sortir de cet essai, le président Guzman met un contrat de trois ans sur la table. Là encore, la réflexion aura été assez rapide chez les Danloux et l'aventure a donc commencé.

 

David, qui l'a accompagné pour cette arrivée en Colombie, se montre enthousiaste et optimiste : "Tout est réuni pour que ça se passe bien. Les gens sont adorables, la mentalité est exceptionnelle. Quentin a reçu un très bon accueil des autres joueurs du club, notamment du capitaine [l'Argentin Exequiel Benavidez, formé à Boca Juniors, NDLR] qui évolue pourtant au même poste que lui. C'est comme une famille." Reste maintenant à travailler pour faire son trou et ouvrir ses statistiques dans le monde pro. "C'est un football qui va lui convenir avec plus d'engagement qu'en Espagne", assure le père, ayant déjà le plan en tête : "Bien réussir l'adaptation pour intégrer le groupe d'ici trois-quatre mois, ensuite gagner du temps de jeu pour être vraiment régulier la saison prochaine." Ambitieux mais réalistes, les Danloux sont des gens pressés mais qui ne brûlent pas les étapes. Le plus long terme reste donc encore bien flou même si l'envie de revenir un jour en Europe pour évoluer au haut niveau est bien réelle. D'autant que dans son propre pays, à l'image d'Antoine Griezmann, le Bordelais de naissance n'a pas suscité le même intérêt des grands clubs, les Girondins et le voisin toulousain du TFC ayant snobé sa demande d'essai. "Peut-être qu'ils voudront le recruter dans quelques temps...", place habilement David. C'est vrai qu'en football, les histoires d'amour ne finissent pas toujours mal, en général !