Luis Sanchez : "J'avais l'espoir de rester à Saint-Etienne, mais c'est comme ça"

recueilli par Franck Pujos

photo : EPA

Luis Sanchez a 20 ans et du talent. Cela ne lui a pas suffi lors de son (très) bref passage en France. Arrivé à Saint-Étienne l'été 2019, censé rester au moins deux années car prêté avec option d'achat, il n'a finalement connu le Forez que quelques mois, dans l'anonymat. Il y un an, à un jour près, le milieu colombien jouait trois minutes lors de son avant-dernier match avec la réserve de l'ASSE, à Bergerac (2-1) en National 2. Trois autres minutes de jeu début mars (10 matches en tout, 6 titularisations), une pandémie et un confinement plus tard, Sanchez est reparti chez lui, non-conservé par le club, qui a refusé notre récente demande d'interview du coach de l'équipe B Razik Nedder. Ce séjour écourté aura tout de même été bénéfique au n°24 de l'América de Cali, qui a su faire évoluer son jeu, devenir titulaire courant novembre dans son club formateur et champion de Colombie fin décembre. Début février, il a même été convoqué comme 22 autres éléments de la Liga Betplay à un stage par le nouveau sélectionneur national Reinaldo Rueda. Entretien avec Luis Sanchez, avant le clasico chez l'Atlético Nacional, cette nuit à 2 h 10 heure française, pour la 8e journée du Tournoi d'ouverture 2021. Avec en fond musical un remix de "Put your hands up in the air" et un numéro de téléphone à dix chiffres qui commence par 06. Nostalgie française ?

Nous sommes le 27 décembre dernier et l'ex-Stéphanois Luis Sanchez peut sourire : il est champion de Colombie
Nous sommes le 27 décembre dernier et l'ex-Stéphanois Luis Sanchez peut sourire : il est champion de Colombie

D'abord juste un mot sur le nul de jeudi, en Tournoi d'ouverture contre Santa Fe (0-0) ?

On visait les trois points, on n'est donc pas satisfaits du résultat. Mais on a fait un bon match, on s'est créé des occasions, on n'a juste pas réussi à les mettre au fond. On a tout bien fait sauf au moment de concrétiser. On s'améliore dans le jeu, on y va pas à pas.

 

Raconte-nous ton titre de champion de Colombie conquis fin décembre avec l'América...

C'était une émotion que je ne réussirai pas à décrire, là tout de suite. Je revenais de Saint-Étienne, j'aspirais à jouer, j'ai joué et je termine champion. C'était une joie immense... C'est une des plus belles choses qui me soient arrivées dans ma vie.

 

Si l'on pense à ton jeu actuel, peut-on parler d'un mix entre création et sacrifices, mais aussi du fait que tu joues plus collectif qu'avant, pas que dribbleur ?

Je crois que ce sacrifice, je l'ai connu en France, comme le marquage et la discipline. Là-bas, j'étais milieu offensif et on courait tous, on attaquait tous, on défendait tous. J'ai réussi à transposer ça avec l'América et c'est ce que me demande l'entraîneur (Juan Cruz Real). Et oui c'est vrai aussi que maintenant je cherche plus à combiner avec mes coéquipiers.

 

Depuis ton retour au club, Juan Cruz Real t'a beaucoup utilisé dans la ligne de trois de milieux de terrain, en box-to-box...

Oui, même si parfois je suis encore dans l'axe quand on est 4-2-3-1, en 4-3-3 c'est comme ça qu'il m'utilise. C'était son idée, ça lui est venu en me voyant défendre à l'entraînement, et il s'est aperçu que je pouvais faire pareil en match. Des n°10 traditionnels, il n'y en a presque plus, dans le foot d'aujourd'hui tu ne peux plus te contenter de générer des actions.

 

Ce n'est pas préjudiciable pour toi au moment de, justement, générer du football offensif quand tu as le ballon dans les pieds ?

Ça peut, parfois. On peut manquer d'oxygène à force de courir, mais il faut savoir garder la même disponibilité pour les deux, que ce soit pour attaquer ou défendre.

 

Revenons à Saint-Étienne : quel bilan fais-tu de cette expérience chez les Verts ?

Très bon ! J'y ai appris plein de choses, aux niveaux footballistique et personnel, j'étais heureux dans cette ville, avec ces gens. L'adaptation au début m'a coûté cher, sur la langue, la nourriture, mais avec les mois qui sont passés, ça a été plus facile au fur et à mesure.

 

Aurais-tu aimé rester plus longtemps ?

Oui, j'avais l'espoir de rester, mais les choses ne se sont pas faites comme je l'aurais voulu. C'est comme ça, je suis à l'América et j'y suis très bien.

 

Que t'ont dit le club, le coach Razik Nedder, à la fin de cette aventure ?

Qu'ils étaient contents de ce que j'avais montré. Je n'ai pas eu la possibilité de dire au revoir à Razik mais on a pu échanger sur Whatsapp et je l'ai remercié pour tout mon apprentissage à ses côtés ; lui m'a félicité pour ma motivation de tous les jours. Peut-être qu'un jour nos chemins se recroiseront.

 

Ils doivent être surpris, à l'ASSE, de te voir champion de Colombie, titulaire en finale, convoqué à un stage par le nouveau sélectionneur Reinaldo Rueda...

Je n'ai pas beaucoup joué, c'était une raison de mon retour à l'América, et là tout est allé très vite. Je suis revenu, et grâce à Dieu j'ai gagné ma place dans l'équipe, je suis devenu champion et j'ai participé à ce "microciclo" avec la sélection. Mais j'ai de la reconnaissance pour Saint-Étienne, pour le temps que j'y ai passé et pour la façon dont ils se sont occupés de moi. Je ne me suis jamais frustré, je n'ai jamais été déçu, j'ai mis de l'engagement au quotidien, à l'entraînement et si j'ai peu joué ou que je n'ai pas eu ma chance en équipe première c'est qu'il y avait une raison.

 

Qu'est-ce qu'il t'a manqué, alors, selon toi, sur le terrain ?

Je ne sais pas. J'essayais de faire au mieux, après je ne sais pas.

 

L'aspect physique revient souvent quand on dit "foot français"...

C'est sûr que c'est différent d'en Colombie en termes d'intensité. Je crois que c'est le foot européen qui est comme ça, plus intense.

 

Comment ça s'est passé pour toi, le "microciclo" ?

C'était un truc de fou, depuis petit garçon on espère se retrouver en sélection et c'était très spécial pour tous ceux qui ont été convoqués. J'étais heureux et j'espère y retourner. On sait que le "Profe" nous regarde et connaît très bien le championnat colombien.

 

Tu y as déjà participé mais juste sur un match : en 2021 tu auras aussi rendez-vous avec la Copa Libertadores...

L'an passé, on n'a pas eu de réussite, avec Grêmio qui égalise contre nous à la dernière seconde (un penalty de Diego Souza, lors du dernier match de poule, à la... 90e+11, synonyme d'élimination pour l'América ; Luis Sanchez était resté sur le banc, NDLR). C'est un objectif mais le premier objectif c'est de passer la phase de groupes. C'est une Copa qui est déjà dans ma tête et dans celle de tout l'effectif.

 

Un effectif qui compte d'autres jeunes de 20 ans de qualité, à l'image de Pablo Ortiz ou Santiago Moreno...

Bien sûr, l'América a un très bon centre de formation, et nous les jeunes formés ici, à chaque fois qu'on en a la possibilité on se donne pour ce maillot. Le coach le sait, et nous apporte beaucoup de confiance.

 

Dernière question : à terme, tu espères revenir jouer en Europe, ou même en France ?

Oui, ça me plairait, aussi bien en France qu'en Europe. Si ça va mieux, la langue ? Non, je n'ai pas appris le français tant que ça (rires) ! Mais "merci à toi" (en français dans le texte, NDLR).